Constantin et Sylvestre: L'église saine et l'église malade

Plusieurs textes vaudois dénoncent la collusion des pouvoirs politiques et religieux. Les vaudois se définissent eux-mêmes comme de « vrais catholiques », soumis à l'enseignement de la Bible a contrario des « mauvais catholiques » (ceux qui suivent la Papauté dans ses dérives). Ce très ancien texte vaudois donne la vision qu'ils ont de leur origine.
Au temps de Constantin, le pape Sylvestre ayant accepté un trésor, ses collègues protestèrent, disant : N’avons nous pas reçu du Seigneur le précepte de ne posséder aucun bien temporel ? Il a dit « Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac pour le voyage, ni deux tuniques, ni souliers, ni bâtons ; car l’ouvrier mérite « sa nourriture ». Et encore : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi ». Ainsi fut, et nous savons que Pierre, prenant la parole, lui dit : « Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons tous suivi ». Mais ce Sylvestre tint un autre langage : « Si vous ne demeurez avec moi, dit-il à ses frères je vous enverrai en exil ». Ses frères se réjouirent de l’entendre, disant : Nous rendons grâce à Dieu, car si on nous refuse la terre pour avoir observé des préceptes, Lui nous offre le ciel. N’a t-il pas dit : "Quiconque aura quitté, à cause de mon nom, ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, ou ses maisons, recevra le centuple et héritera la vie éternelle " ? La nuit suivante, comme ils disputaient encore Sylvestre, une voix retentit dans le ciel : "Aujourd’hui le venin a été répandu dans l’Eglise de Dieu ».Ayant ouïe cette voix, les pauvres de Christ allèrent de l’avant avec plus de courage, et ils furent chassés de la synagogue. Ainsi s’accomplissait la parole qui dit « Ils vous excluront des synagogues, et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira entendre un culte de Dieu ». Ils furent donc dispersés sur toute la terre. En s’en allant, ils dirent à Sylvestre et à ses successeurs : Nous vous laissons la terre pour conserver le ciel. Ils s’appliquèrent donc à mener une vie pauvre, et leur nombre se multiplia pendant longtemps. Mais l’envie des faux chrétiens finit par se déchaîner contre eux, et ils furent poursuivis jusqu’aux extrémités du monde. Leurs ennemis disaient : « Brisons leurs liens ». Car nos adversaires se trompent en prétendant que les chrétiens n’ont jamais été persécutés que par les païens ; ils lisent mal les Ecritures, où l’on voit assez que les prophètes n’ont pas été mis à mort par les païens, mais par les juifs. Tout cela est écrit pour notre instruction, et afin de nous servir d’exemple ; ce qui est arrivé à saint Paul le prouve assez. Il est donc évident que les élus de Dieu sont exposés à la persécution de tous côtés, tant de la part des païens et des juifs, que de la part des faux chrétiens et de tout le monde, selon la parole du Seigneur qui a dit : ». Vous serez haïs de tout le monde à cause de mon nom ». Quand il est dit « tout le monde », rien n’est exclu. Il est certain, par conséquent, que les saints seront persécutés par leurs frères jusqu’à la fin du monde. Néanmoins, ils ne seront pas entièrement détruits. La puissance des méchants a des limites : la foi échappe à son atteinte.

En outre, sachez encore ceci, c’est que jadis, quand les serviteurs de Christ semblaient avoir disparu à cause de la persécution, un homme se leva. Il avait nom Pierre de Walle, et il avait un compagnon, Jean Lyonnais, ainsi appelé de la ville de Lyon. Nos adversaires le considèrent comme un fou, parce qu’il fut chassé de la synagogue. En réalité il surgit comme le rejeton, d’un arbre arrosé de l’eau de l’Esprit saint, et peu à peu il prospéra. On prétend qu’il n’aurait pas été le fondateur, mais le réformateur de notre règle S’il a été exclu de la synagogue, ce n’est que par le jugement des hommes, non par celui de Dieu ; cela est arrivé à d’autres. En sorte qu’il a pu dire à son tour, comme l’Apôtre : « Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous, ou par un tribunal humain. Je ne me sens coupable de rien. Je ne me crois pas juste pour cela ; mais celui qui me juge, c’est le seigneur. Tel fut le maître de ceux qu’on a appelés Vaudois et ensuite Pauvres Lyonnais, pour avoir longtemps demeuré dans la ville de Lyon.


Epistola Waldensium de Italia, ms cod. St. Floria XI, 152, Klosterneugurg in Emile Comba, Histoire des Vaudois, Paris-Florence, 1898, p. 190-203